Posterous theme by Cory Watilo

L'AIDE JURIDIQUE, LE PARENT PAUVRE DE LA JUSTICE

24 mai 2012


L'aide juridique est-elle le parent pauvre de la justice ? Le bâtonnier de l'ordre français des avocats de Bruxelles, Jean-Pierre Buyle, en est persuadé. « Ca fait des mois et des mois que nous demandons au gouvernement de faire en sorte que l'accès à la justice soit préservé et d'y consacrer les moyens nécessaires. Force est de constater que les budgets diminuent. » « Quand j'ai perçu mes premières indemnités en 1999, le point était à mille francs belges, enchaîne Emmanuelle Vanderstukken, avocate pro deo, aujourd'hui, il est à 24 euros. Je me demande quelle autre profession est payée moins bien qu'il y a treize ans ! » Les avocats ont donc entamé un mouvement de grève le 9 mai dernier. Depuis cette date, les bureaux d'aide juridique ne désignent plus d'avocat, sauf en cas d'urgence.

Hier, les avocats de la section jeunesse du barreau de Bruxelles ont bloqué l'accès au tribunal de la jeunesse. Une action ponctuelle, histoire de marquer leur solidarité avec les bureaux d'aide juridique de Wallonie et de Bruxelles. Pour eux, en effet, impossible de partir en grève. Le président de la section jeunesse, Juan Verlinden, explique pourquoi. « Nous ne sommes pas désignés, nous sommes commis d'office. Or, on ne peut pas refuser une commission d'office. Nous avons donc décidé de bloquer le tribunal. »  Les avocats de la section jeunesse se sont croisés les bras toute la journée et comme leur présence est légalement indispensable, aucun jugement n'a pu être prononcé. Il y avait néanmoins un avocat de permanence pour les affaires urgentes. Bref, le ras-le-bol est manifeste mais la ministre de la justice, Annemie Turtelboom fait la sourde oreille. « C'est le silence radio », affirme Jean-Pierre Buyle. « Rien ne bouge, ajoute Stéphane Boonen, ancien président du bureau d'aide juridique à Bruxelles, la ministre de la justice a signé la semaine dernière un protocole d'accord, mais uniquement pour les permanences Salduz, donc cela ne concerne pas l'aide juridique en général. »

Le mouvement va sans doute se durcir. Les bâtonniers se réunissent en effet début juin pour envisager d'autres actions. Ils pourraient par exemple inviter les avocats qui sont aussi juges suppléants à ne plus siéger, une autre manière de paralyser une partie de la justice. Pour Jean-Pierre Buyle, «c'est regrettable, parce que tout ceci montre que le gouvernement prend en otages les justiciables les plus fragiles et les plus vulnérables. » Parmi ceux-ci, les demandeurs d'asile notamment, pour qui le bureau d'aide juridique est un passage obligé. Le CIRE (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers) tient d'ailleurs à rappeler que valoriser le travail des avocats pro deo, c'est aussi valoriser leurs clients et augmenter leurs chances d'avoir l'accompagnement juridique de qualité auquel ils ont droit.

On estime que 20% de la population remplit les conditions pour être défendue gratuitement. Quant à l'aide juridique, elle a été professionnalisée et, depuis 2000, elle est assurée par des avocats volontaires. L'occasion de rappeler à Annemie Turtelboom que le volontariat n'est pas du bénévolat !

LA LIBERTE D'EXPRESSION EST-ELLE ABSOLUE?

23 mai 2012

La liberté d'expression peut-elle cautionner tous les discours ? A partir de quand constituent-ils une infraction à la loi ? Où commence l'incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination ? C'est à ces questions que tente de répondre le Centre pour l'égalité des chances et la lutte contre le racisme dans son dernier rapport. Un sujet délicat que j'ai abordé avec le directeur francophone du Centre, Edouard Delruelle.


La liberté d'expression est garantie par l'article 19 de la constitution. Cela signifie-t-il que l'on peut tout dire ?

Edouard Delruelle : La liberté d'expression est une liberté fondamentale, absolument nécessaire à la démocratie, mais elle n'est pas absolue. Il y a des limites que nous avons tenté de cerner et notre hypothèse, c'est qu'on peut penser ou dire même les choses les plus choquantes ou virulentes, mais que les paroles sont également des actes et dans ce contexte, le législateur, le juge ou des instances comme le Centre peuvent intervenir. Si je dis « Mort aux juifs » ou « Pas d'arabes dans mon entreprise », je n'exprime pas des opinions, je pose des actes qui incitent à la haine et ces actes relèvent de la loi. Nous ne sommes pas une police de la pensée, mais nous travaillons sur les incitations à la haine exactement comme sur les discriminations.


Mais vous intervenez beaucoup plus souvent pour des cas de discrimination que pour des cas d'incitation à la haine ?

C'est vrai, mais il faut comprendre pourquoi. Dans les cas de discrimination, la règle générale, c'est l'égalité de traitement. On ne peut pas traiter deux catégories de personnes de façons différentes, sauf s'il y a « justification objective et raisonnable », et c'est assez rare. On peut donc intervenir souvent. Dans les cas de propos incitant à la haine, la règle générale, c'est la liberté d'expression. On peut tout dire, sauf dans certains cas extrêmement réduits, balisés par la loi, la jurisprudence ou les tribunaux. Nous intervenons lorsqu'un cas d'incitation à la haine est flagrant et qu'il est, de toute évidence, une menace pour la société. Quand le groupuscule radical islamiste Sharia4Belgium lance des appels au meurtre contre les homosexuels et contre un certain nombre de personnalités politiques, c'est extrêmement menaçant pour la démocratie et nous n'hésitons pas à intervenir. Lorsqu'un humoriste comme Dieudonné fait des spectacles obsessionnellement homophobes, obsessionnellement antisémites, nous ne sommes pas dans la liberté d'expression, la blague ou l'humour, nous sommes dans une véritable incitation à la haine et il faut intervenir, d'autant plus que son public comporte pas mal de jeunes particulièrement vulnérables à ce type de propos, d'où l'importance d'ajouter à nos actions un volet pédagogique.


Dans quels cas le Centre s'est-il constitué partie civile ?

Dans le cas emblématique de Sharia4Belgium. (1) (2) Mais nous pouvons aussi déposer une plainte simple, c'est-à-dire que nous donnons l'information au parquet. Nous l'avons fait dans le cas du député Laurent Louis, pour des propos répétés avec ce qui nous semble être une véritable stratégie de haine. (3) Je signale que nous avons déposé cette plainte bien avant qu'il ne se rende particulièrement connu pour des propos de calomnie particulièrement scandaleux. (4) Voilà un bon exemple où le centre peut être utile à la démocratie: le dossier que nous avons transmis au parquet sera très probablement versé au dossier

relatif à la levée d'immunité parlementaire de Laurent Louis et donc nous jouons notre rôle de vigilance.

 

NOTES 

(1) Les données collectées par le Centre ont conduit à la condamnation de deux responsables de Sharia4Belgium. 

(2) Il est probable que le Centre se constituera partie civile pour des propos exprimés par Dieudonné lors d'un spectacle tenu en 2012. 

(3) Laurent Louis avait notamment déclaré sur son profil Facebook accessible à tout le monde que les roms « ne travaillent pas, n'ont aucune ressource financière (...) et qu'il est évident qu'ils doivent voler ou faire du trafic pour subsister. »

(4) En avril dernier, Laurent Louis avait annoncé la diffusion sur son blog du rapport d'autopsie de Julie et Melissa, ce qui avait provoqué l'écoeurement et le boycot des députés. Le président de la Chambre, André Flahaut, avait alors déclaré que l'immunité parlementaire ne permettait pas tout.

 

UN BELGE A LA PRESIDENCE DE L'ONG DEFENSE DES ENFANTS-INTERNATIONAL

Benoît Van Keirsbilck a été élu à la présidence de DEI, un nouveau défi pour ce quadragénaire passionné qui, depuis le début de sa carrière, mène un combat sans relâche pour défendre les droits des jeunes et qui a fondé, en 1991, l'antenne belge de DEI.

Peu connue du grand public, DEI n'en joue pas moins un rôle déterminant depuis sa création en 1979, année internationale de l'enfance. Elle a collaboré étroitement à la rédaction de la Convention des droits de l'enfant et veille à présent à son respect dans les pays qui l'ont ratifiée, tous les pays du monde à deux exceptions près, les Etats-Unis et la Somalie. Depuis 2005, son action est centrée sur une problématique précise : le mineur et la justice, une justice adaptée aux enfants. Un vaste chantier, Benoît Van Keirsbilck en a conscience. « Il y a d

es mineurs qui commettent des infractions et qui doivent être être jugés comme des enfants et pas comme des adultes, puis il y a beaucoup d'autres situations où le mineur est confronté à la justice, comme témoin, comme victime ou dans des affaires administratives, familiales, etc... Le monde de la justice est intimidant, relativement complexe et il parle un langage que l'enfant ne comprend pas. Il y a donc un travail important à faire pour le sensibiliser aux besoins spécifiques des plus jeunes. »

Benoît Van Keirsbilck a été élu pour quatre ans et durant cette période, DEI se penchera tout particulièrement sur le sort des enfants détenus. Leur nombre est estimé à plus d'un million par l'Unicef. La plupart d'entre eux n'ont commis aucun délit  ou alors des délits mineurs liés à leur subsistance voire à leur survie. Ils sont parfois très jeunes. « J'ai visité une prison en Ouganda, et là j'ai vu des enfants de quatre ans qui traînaient dans la cour, désoeuvrés, sans encadrement spécifique. On ne sait pas trop où sont leurs parents et on n'a pas les moyens, financiers et administratifs, de partir à leur recherche. » Plusieurs conventions internationales précisent pourtant que la détention d'enfants doit être une mesure de dernier ressort et qu'elle doit être aussi courte que possible. « Nous, on dit aux états, vous devez mettre en oeuvre les textes que vous avez ratifiés. On reconnaît que ce n'est pas facile et que cela ne pourra pas se faire du jour au lendemain. On sait aussi qu'il y a des solutions qui font plus de tort que de bien. Si demain, à Kinshasa, on ouvre les portes de la prison et on dit aux enfants de sortir, on va les jeter dans la rue et il deviendront éventuellement la proie de trafiquants. La sortie des enfants de prison doit donc être réfléchie et accompagnée. »

DEI se dit prête à mettre en place un certain nombre de programmes d'accompagnement, mais elle refuse de se substituer aux pouvoirs publics. Et quand on évoque les moyens financiers que cela implique pour les états, Benoît Van Keirsbilck répond : « Bien sûr, il faut des moyens financiers mais il faut souvent aussi réajuster les priorités nationales. Quand on analyse les budgets nationaux de certains pays et qu'on compare le pourcentage consacré à l 'éducation et au secteur social à celui réservé à l'armement à la sécurité, on voit des disparités gigantesques. »

Défense des enfants-International est présente dans 40 pays du monde et, en Belgique, elle a joué à plusieurs reprises un rôle déterminant. « Parmi les dossiers emblématiques qu'on a traités, il y a le fameux dossier Tabitha, du nom de cette fillette de cinq ans qui avait été renvoyée au Congo après avoir passé deux mois en centre fermé. Avec le service droits des jeunes, avec d'autres instances, on a été devant la Cour européenne des droits de l'homme et on a obtenu gain de cause. La Belgique a été condamnée et cela a eu comme conséquence, pas directement mais par la suite, des modifications de la loi. » D'autres actions en justice sont actuellement en cours. En fait, DEI-Belgique agit chaque fois que les droits des enfants sont menacés. « On agit  pratiquement tous les ans devant la cour constitutionnelle contre des nouvelles législations qui posent problème par rapport aux droits de l'enfant. On l'a fait en matière de protection de la jeunesse, de mineurs non accompagnés, d'accès à la nationalité, d'accès  à l'aide sociale... » 

On se souvient également du Tribunal d'opinion sur la détention d'enfants, organisé en janvier 2008 et qui a débouché sur une condamnation de la Belgique. Une initiative originale : outre un jury d'adultes, il y avait en effet un jury d'enfants de douze à dix-huit ans qui a fait un travail remarquable.

Durant les quatre années à venir, Benoît Van Keirsbilck cumulera les deux fonctions : la présidence de DEI-Belgique et la présidence du mouvement international. Du travail en perspective et une lutte sans merci pour être entendu. «Je ne vais pas être tout à fait pessimiste. J'ai l'impression qu'au niveau de la communauté internationale en tout cas, le discours droits de l'enfant est aujourd'hui globalement passé, mais le problème, et c'est un problème permanent, c'est la différence entre les discours d'une part et les actes et les réalités d'autre part, et c'est là-dessus qu'on doit insister. » 

Certes, les choses évoluent, mais lentement, beaucoup trop lentement.

CACHEZ CES MENDIANTS QUE JE NE SAURAIS VOIR!

15 mai 2012

A Liège, la mendicité n'est pas interdite mais, depuis 2001, un règlement communal l'organise dans ses moindres détails : pas question de mendier tous les jours dans le même quartier, la mendicité est organisée par zone, pas question de solliciter les passants le dimanche ou en dehors des heures d'ouverture des magasins, pas question de leur tendre une sébile ou un accessoire quelconque.

Depuis un mois, Liège est passée à la vitesse supérieure. Elle peut dorénavant arrêter administrativement les contrevenants dès la troisième infraction. La procédure a été validée par la procureure du roi, Danielle Reynders. A la première infraction, un procès-verbal est dressé et on remet au mendiant une copie du règlement communal. A la deuxième infraction, on vérifie s'il reçoit les aides auxquelles il a droit. A partir de la troisième infraction, il peut être arrêté et mis au cachot durant 12 heures au maximum pour « trouble de l'ordre public ».

Dix mendiants ont ainsi été écroués dans les cachots de l'hôtel de police. La Ligue des droits de l'homme s'en indigne. « Si la sécurité publique est mise en avant par la ville, cette initiative fait de la mendicité une incivilité et transforme bien plus que symboliquement le SDF, le mendiant ou le toxicomane en une nuisance sociale, au même titre qu'un dépôt d'ordures clandestin. » La Ligue rappelle également « qu'une personne en situation de précarité est le messager bien involontaire et non consentant de la pauvreté et qu'à ce titre, ce n'est pas sur lui qu'il faut tirer. »

Le président du CPAS de Liège, Claude Emonts, s'insurge également contre cette mesure. « Une détention, même limitée à douze heures, n'est jamais une solution. » Il insiste sur le fait que la plupart des mendiants souffrent de problèmes mentaux plus ou moins graves et qu'ils doivent avant tout être soignés. «Ils devraient être pris en charge et bénéficier d'un suivi psychiatrique, mais, dans ce domaine, les instruments juridiques font défaut. » Et de rappeler que le CPAS ne peut et ne veut exercer aucune contrainte. « La majorité des personnes écrouées ne veulent pas d'une intervention sociale , précise l'attachée de presse du bourgmestre, c'est une des solutions que nous avons dû trouver pour répondre aux demandes des commerçants. »

Et c'est là tout le problème en effet, les mendiants dérangent ! La plupart d'entre eux ne commettent pourtant aucun acte répréhensible, le délit de mendicité a en effet été aboli en 1993, mais, pour les autorités communales, il est plus facile de les arrêter administrativement que de plancher sur des solutions durables pour diminuer le nombre de ceux qui doivent mendier pour survivre.  

ETRE MERE EN BELGIQUE ET DANS LES PAYS DU SUD: UNE ENORME DIFFERENCE

9 mai 2012

« Bienvenue à la vie: la santé des mamans et de leurs enfants ici et ailleurs », c'est le titre d'une exposition de photos présentée par Handicap International dans le Parc de Bruxelles. Des photos émouvantes, parfois dérangeantes ou surprenantes, qui montrent avec beaucoup de sensibilité qu'aujourd'hui encore, la maternité est un risque. Chaque année, 380.000 femmes, dont 99% dans les pays en développement, meurent en couches et 7,6 millions d'enfants meurent avant l'âge de 5 ans. La preuve que les objectifs du millénaire qui visent à réduire, en 2015, la mortalité infantile de deux tiers et la mortalité maternelle de trois quarts sont loin d'être atteints. L'exposition aborde également la question du handicap. Damien Kremer explique pourquoi. « Le risque de handicap est trop souvent oublié dans les projets de santé maternelle et infantile. Or, il faut savoir que, pour chaque maman qui meurt au moment de l'accouchement, trente auront des séquelles invalidantes qui peuvent être permanentes. D'où l'importance d'intégrer cette problématique et de veiller à un bon suivi des mères et des enfants. » 

L'exposition illustre trois thèmes : construire la vie, bonjour la vie et grandir, dans trois pays du sud, le Cambodge, le Vietnam et le Mali, et dans un pays du nord, le nôtre. « Bien sûr, nous ne menons pas de projets en Belgique, mais on voulait donner une référence, montrer comment cela se passe ici, comment cela se passe ailleurs, et montrer que, quel que soit le pays, les sentiments sont les mêmes. Toutes les mamans du monde souhaitent que la naissance se déroule bien et que l'enfant soit en bonne santé. »  Si en Belgique, le système de santé assure à la plupart des mères une grossesse et un accouchement quasiment sans danger, si, grâce à des tests de dépistage qui détectent un handicap ou un risque de handicap, les bébés sont suivis, c'est loin d'être le cas dans beaucoup de pays en développement.

Layla Aerts a réalisé les photos réalisées au Vietnam et au Cambodge. Elle a accouché moins d'un an avant de partir en reportage. « En Belgique, on reste cinq jours à l'hôpital, on reçoit tous les soins et on trouve cela normal. J'ai pu voir que toutes les femmes n'ont pas cette chance. » Elle me montre une des photos auxquelles elle tient, celle d'un séance d'information organisée par Handicap International dans un village, au cours de laquelle les femmes apprennent notamment, avec un intérêt visible, des notions d'hygiène élémentaire. « Je voulais montrer cela parce que ce sont des notions que nous connaissons parfaitement en Belgique et on ne pense même pas qu'elles puissent être ignorées. »  Un peu plus loin, Layla attire mon attention. « Cette très belle femme est enceinte de huit mois. Elle vend du poisson au marché du matin au soir, c'est très, très dur. » Elle a capté également, avec une émotion pleine de retenue, la douleur d'une femme qui vient de perdre un de ses jumeaux, l'amour d'une petite fille aveugle pour son petit frère, la tristesse d'une mère qui n'avait plus de lait et dont l'enfant était proche de la mort. Heureusement, il a pu être sauvé.

L'énorme différence qui oppose les pays du nord aux pays du sud a frappé également Bieke Depoorter, auteur des photos réalisées au Mali. Elle me montre la photo d'une jeune femme qui va accoucher. «Son accouchement s'est déroulé avec une sage-femme dans une pièce sans matériel, dans des conditions qu'on n'imagine pas en Belgique. Je n'ai pas encore d'enfant, mais j'en aurai peut-être et je suis très heureuse de vivre ici ! » Devant une autre photo, elle m'explique que, six heures après son accouchement, la jeune mère a dû rentrer chez elle, faute de places suffisantes au dispensaire. Elle tient également à me montrer une photo très émouvante, celle d'une petite fille lourdement handicapée dont le regard pétille et qui parvient à danser. « Toute sa famille l'adore, c'est très beau ! »


Les photos sont présentées sur de grands cubes éclairés, dans le Parc de Bruxelles, jusqu'au 29 mai. Une exposition à voir en famille, à plus forte raison au moment de la fête des mères.

 

DES FAMILLES SANS CHEZ-SOI

7 mai 2012

« Des familles sans chez-soi : quel accompagnement des enfants et des parents en maisons d'accueil? », c'est le titre d'une recherche-action publiée par l'A.M.A, l'Association des maisons d'accueil et des services d'aide aux sans-abri. Pour rappel, ces maisons hébergent et accompagnent des familles en difficulté pour les aider à retrouver leur autonomie. Elles organisent également des activités ludiques et éducatives pour les enfants, voire un soutien psychologique, si nécessaire. Durant plus d'un an, Claire Street et Deborah Oddie se sont penchées sur le fonctionnement de 54 maisons d'accueil de Bruxelles et de Wallonie, elles ont interrogé des professionnels, mais aussi des parents (11 femmes et 1 homme) et des enfants.


QUELQUES CHIFFRES

2.850 enfants sont hébergés chaque année dans les maisons d'accueil , 60% ont moins de six ans et 90% accompagnent leur mère seule. Ces chiffres montrent à quel point le « sans-abrisme » se féminise en Belgique comme partout en Europe, d'ailleurs. Le nombre de places disponibles reflète cette tendance : 24% des places d'hébergement sont destinées aux hommes seuls, 35%, à un public mixte (hommes, femmes et enfants) et 41%, aux femmes et aux enfants. Un nombre qui reste toutefois insuffisant. Plusieurs demandes d'hébergement doivent être refusées, faute de place, et beaucoup de femmes dorment en rue.


DEUX EXEMPLES DE QUESTIONS ABORDEES DANS LA RECHERCHE

Le soutien à la parentalité

Lors d'un séjour en maison d'accueil, c'est la mère qui exerce, le plus souvent seule, l'autorité parentale. Les prérogatives éducatives sont donc de son ressort, mais elle est souvent fragilisée et un soutien à la parentalité est souvent nécessaire. La situation n'est pas toujours facile à gérer, certaines mères se sentent en effet infantilisées. « Des fois, on a l'impression qu'on est des mères de seize ans... Je suis maman depuis vingt ans, et on m'apprend à être maman... Quand tu as envie de hausser le ton, tu ne peux pas, sinon tu seras jugée comme une mère hystérique ou dépressive... On ne peut pas parler à l'enfant comme on veut, on n'ose pas le punir... On me fait des remarques devant mon enfant, c'est rabaissant...  C'est comme s'il y avait une autorité au-dessus de moi, je perds mon autorité en fait... » Voilà quelques unes des remarques recueillies par les chercheuses. La plupart des professionnels ne sont pas surpris. « Les parents doivent se sentir sous la loupe, même des remarques qu'on pense « soutenantes » peuvent être mal perçues... Eduquer ses enfants dans un lieu collectif est extrêmement dur, il y a le regard de l'autre... Moi, je ne voudrais pas être à leur place...» Certains insistent sur le fait que toutes les familles, toutes les mères, n'ont pas besoin d'un soutien particulier et qu'il faut éviter de penser que tout parent précarisé a un comportement inadéquat avec ses enfants.

La durée du séjour en maison d'accueil

Le séjour en maison d'accueil peut constituer une étape importante, mais s'il est trop long, il risque d'avoir des effets contre-productifs. Et c'est là que le bât blesse aujourd'hui. Difficile en effet de trouver, dans le secteur privé, un logement au loyer abordable et les logements sociaux sont beaucoup trop peu nombreux. L'A.M.A lance donc un appel . « Le droit au logement est un droit fondamental, rappelle Deborah Oddie, l'accès à une habitation décente et adaptée s'impose comme une priorité, cela implique donc la mise en oeuvre de politiques volontaristes et ambitieuses.» L'A.M.A réclame aussi aux pouvoirs de tutelle un soutien accru au secteur et une meilleure reconnaissance des initiatives prises pour faciliter la transition entre le séjour en maison d'accueil et le retour à une vie normale.


Vous pouvez charger la recherche- action sur le site www.ama.be

UNE ANNONCE ECOEURANTE

5 mai 2012

« Bienvenue dans ce train à destination d'Auschwitz. Tous les juifs sont priés de descendre à Buchenwald », voilà ce que les voyageurs du train Namur-Bruxelles de 16 heures 51 ont entendu jeudi dernier. Une annonce écoeurante suivie, une demi-heure plus tard, d'un message d'excuses d'un des accompagnateurs. Sur son blog, la députée bruxelloise MR Viviane Teitelbaum, auteur, entre autres, de livres sur les enfants cachés et sur l'antisémitisme en Belgique, se déclare « choquée mais surtout en colère ! On a froid dans le dos. Il est grand temps de dire STOP. Que les politiques prennent enfin leurs responsabilités. » L'auteur des faits n'a pas été retrouvé. A l'heure actuelle, on ignore s'il s'agit d'un néo-nazi, d'un islamiste radical ou d'un potache qui a fait une plaisanterie de très mauvais goût sans mesurer la portée réelle de ses propos.

Sur le plan légal ?

Depuis 1995, la Belgique dispose d'une loi contre le révisionnisme et le négationnisme qui prévoit des peines relativement sévères, jusqu'à un an de prison, pour toute personne qui nie, minimise , justifie ou approuve le génocide commis par le régime national-socialiste allemand pendant la seconde guerre mondiale, pour autant que les propos révisionnistes aient été tenus dans un but politique précis. Cette intention est appréciée par le juge.

L'antisémitisme est-il en recrudescence?

Récemment, un chirurgien de l'UZ Brussel a été suspendu provisoirement de ses fonctions. Lors d'une opération, il avait lancé un « Sieg Heil » et avait conseillé à un stagiaire d'origine juive de « retourner dans les chambres à gaz. » L'hôpital a ouvert une enquête et le Centre pour l'égalité des chances a été saisi du dossier. Par ailleurs, l'an passé, une adolescente de 13 ans avait été traitée de « sale juive » et tabassée par des jeunes filles de son âge. Deux exemples parmi d'autres. En 2011, le Centre pour l'égalité des chances a reçu 82 signalements antisémites, un chiffre en forte hausse par rapport à 2010 et qu'il qualifie de préoccupant, compte tenu de la taille de la communauté juive en Belgique (de 0,3 à 0,4% de la population). 

En conclusion

Quelles que soient les motivations de l'auteur de l'annonce, ses propos sont révoltants et posent la question de la méconnaissance actuelle de la Shoah, comme le souligne le Centre communautaire laïc juif. Interrogé par Nicolas Zomersztajn, le directeur du centre pour l'égalité des chances, Edouard Delruelle, constate qu' « Auschwitz est un référant qui n'est plus compris. » Il insiste également sur la nécessité de « comprendre et faire comprendre aux jeunes générations que toute démocratie s'incarne dans une mémoire et une histoire ». A ce sujet, on ne peut qu'insister sur l'intérêt du projet « Nommer les noms »  mené par la caserne Dossin en vue de son extension. Des élèves de 17 écoles de Wallonie, de Flandre et de Bruxelles ont enregistré les noms des quelque 26.000 juifs et tsiganes déportés et gazés à Auschwitz. On pourra les entendre dans une des salles du « Mémorial, musée et centre de documentation sur l'holocauste et les droits de l'homme » qui ouvrira ses portes le mois prochain. Reste à espérer que les jeunes seront nombreux à le visiter.

NON AUX MUTILATIONS GENITALES FEMININES

3 mai 2012

« Non aux mutilations génitales féminines », ce message a été répété plus d'une fois au Sénat ce matin, à l'occasion du lancement de  l'« Appel pour une résolution de l'assemblée générale des Nations Unies pour l'interdiction des MGF », en présence de Chantal Compaoré, première dame du Burkina Faso et coordinatrice de la campagne pour l'interdiction mondiale de ces pratiques inhumaines. « Quand vous voyez ce qui se passe en Afrique, vous êtes obligée de faire quelque chose pour nos petites filles et nos femmes. Non seulement, les MGF les privent de tout plaisir sexuel, mais elles mettent leur santé en péril, les cas de fistules obstétricales, par exemple, ne sont pas rares. C'est pour cela que nous avons décidé de faire passer une résolution, afin de pousser les pays qui n'ont pas encore légiféré à voter des lois d'interdiction. C'est notre cheval de bataille ! »

Au Burkina Faso, les MGF sont illégales depuis 1996. Les exciseuses et les parents qui imposent des mutilations à leurs filles risquent une peine de six mois à deux ans de prison. Résultat, le taux d'excisions pratiquées a baissé sensiblement, même s'il reste encore beaucoup à faire. Pas facile, en effet, de renoncer à des coutumes ancestrales, mais, comme le précise Chantal Compaoré, « quand les traditions ne sont pas bonnes, il faut les abolir, en Afrique, comme partout ailleurs où on les respecte. L'immigration a permis l'expansion des MGF au niveau mondial. »

En Belgique, toutes les formes de mutilations sexuelles féminines sont interdites et punies par la loi, mais, à l'heure actuelle, aucune condamnation n'a été prononcée. Par ailleurs, le secret professionnel peut être levé pour protéger une petite fille. Officiellement, aucune excision n'a été pratiquée sur le territoire belge, mais dans les faits, rien n'est moins sûr. Marleen Temmerman, chef du service d'obstétrique de l'Hôpital universitaire de Gand raconte. « On m'a déjà demandé, de même qu'à plusieurs de mes confrères, de faire une petite incision pour éviter une grande excision. Bien entendu, nous avons refusé ! » Mais est-ce toujours le cas? Marleen Temmerman se souvient aussi de l'époque où elle était jeune médecin au Kenya. « C'est la première fois que j'étais confrontée aux mutilations génitales féminines. Mes collègues africains trouvaient cela normal. »

Depuis, la situation a certes évolué. En 2011, l'Union africaine se prononçait en faveur d'une résolution d'interdiction, l'ONU estime que près de deux mille communautés ont abandonné les mutilations génitales féminines et, selon l'OMS, 22 pays ont adopté des lois qui les interdit. Toutes celles et ceux qui luttent depuis des années pour leur abolition totale attendent à présent avec impatience le vote de la résolution par l'assemblée générale des Nations Unies. Pour Khady Koita, auteur du livre « Mutilée », elle-même excisée à l'âge de sept ans, « les mutilations génitales féminines constituent une violation flagrante des droits humains. On fera tout pour que la résolution soit respectée. »

Une pétition est donc lancée. Elle sera en ligne le 7 mai prochain sur le site www.banfgm.org. Chacun d'entre nous pourra alors la signer et soutenir ainsi le combat de la Coalition contre les MGF, des pratiques barbares qui menacent chaque année trois millions de jeunes filles et de femmes.

UN CAFE PAS COMME LES AUTRES A BRUXELLES

Un HIV Café s'ouvrira demain en plein centre ville. Le concept n'est pas neuf, mais c'est une première à Bruxelles.

Tous les derniers dimanches de chaque mois, de 16 à 23 heures, la maison Arc-en-Ciel (42, rue du Marché au Charbon) sera réservée aux séropositifs, à leur famille, à leurs amis et à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur le HIV. Une initiative de l'association Rainbow House, soutenue par le ministre de l'Egalité des chances de la Région bruxelloise, Bruno de Lille. « Ce projet a pour but de lutter contre la sérophobie (en clair, la peur des séropositifs). Tous les tabous n'ont pas disparu et ce café est un pas dans la bonne direction. »

Le sida a beau être connu depuis plus de trente ans, on a beau disposer de trithérapies efficaces, du moins dans les pays industrialisés, le sujet reste en effet souvent tabou et rares sont les personnes contaminées qui osent se confier. Aujourd'hui encore, la peur d'être exclu persiste et le secret est lourd à porter. «Comment en parler avec un nouveau partenaire ?, se demande Basile. Il raconte aussi qu'il a travaillé dans le secteur horeca. « Si vous maniez des couteaux en cuisine et que vous dites que vous êtes séropositif, certains de vos collègues ont peur. » La preuve que, malgré de nombreuses campagnes de sensibilisation, les modes de transmission du virus ne sont pas toujours bien connus. Les campagnes ont par ailleurs tendance à se raréfier et on peut le regretter, la prévention se relâche. Certes, le sida ne tue plus en Belgique, mais le virus continue de se transmettre. En 2010, on a diagnostiqué 1.196 nouvelles contaminations, ce qui représente plus de trois nouveaux cas par jour, le niveau le plus élevé depuis le début de la pandémie.

Au HIV Café, les séropositifs et les autres pourront faire connaissance et créer des liens. Une quinzaine de bénévoles ont par ailleurs été formés pour répondre à leurs questions. Reste à espérer qu'ils oseront pousser la porte de la maison Arc-en-Ciel.

Un lien utile : www.rainbowhouse.be

INAUGURATION DU NOUVEAU CENTRE FERME CARICOLE

Ce centre moderne, installé à proximité de l'aéroport de Bruxelles national, remplacera très prochainement le centre 127, jugé vétuste et insalubre, et le centre INAD (pour inadmissible) installé dans l'enceinte de l'aéroport.

Disons-le d'emblée, je n'étais pas à l'inauguration, je ne peux donc pas vous dire à quoi ressemble le centre « Caricole », mais le reportage d'Arnaud Ruyssen sur la première (RTBF) montrait notamment que, côté sécurité, rien n'avait été laissé au hasard. Pas de barreaux aux fenêtres, mais des vitres blindées qui déclenchent une alarme assourdissante dès qu'on les cogne brusquement, des barrières et des fils barbelés qui cernent le terrain, des cellules d'isolement pour les récalcitrants et un nombre important d'agents de sécurité : 70 pour 90 « résidents », comme les appelle l'Office des étrangers. « L'objectif consiste d'une part à créer autant que possible dans le bâtiment un climat de sécurité et de convivialité, ainsi qu'une certaine liberté de mouvement. », déclare la secrétaire d'état à l'asile et à la migration, Maggie De Block à l'agence Belga. Une liberté toute relative, puisqu'il n'est pas question de quitter le centre. C'est ce que déplorent plusieurs organisations dont le CIRE (coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers).

Dans le nouveau centre, l'Office des étrangers pourra, en effet, enfermer non seulement des demandeurs d'asile déboutés avant leur rapatriement « volontaire », mais aussi des étrangers qui demandent l'asile à la frontière. « Les principes internationaux en matière de droits humains stipulent clairement que leur placement en détention doit être l'exception et non la règle et qu'une personne ne peut être placée en détention au seul motif qu'elle demande l'asile. », déplore le CIRE qui s'oppose à l'existence même des centres fermés et qui se demande pourquoi la Belgique ne met pas en place des alternatives positives à l'enfermement du type des logements gérés par l'Office des étrangers pour héberger les familles, au lieu de créer des centres fermés coûteux et inhumains.

Des centres fermés qui sont par ailleurs inaccessibles aux journalistes. Récemment, en effet, Migreurop qui rassemble plusieurs associations européennes dont la Ligue des droits de l'homme, le CNCD et le CIRE en Belgique, réclamait plus de transparence sur les lieux d'enfermement des migrants. Deux demandes d'accès au centre fermé de Bruges ont été adressées à l'Office des étrangers. Elles ont été toutes les deux refusées, sous prétexte que les reportages qui y seraient réalisés « n'apporteraient pas de plus-value à la politique d'humanisation des centres ». Il serait temps que l'Office des étrangers comprenne qu'en bouclant ses centres fermés, on peut imaginer le pire.